Bande Dessinée

« SEEDIQ BALE » : Le peuple de l’Arc-en-Ciel contre les fils du Soleil Levant

seediq 5 Pour beaucoup de gens, Taïwan n’évoque pas grand-chose, si ce n’est une destination lointaine où des ouvriers sous-payés fabriquent à la chaîne des millions de produits électroniques destinés à inonder les rayons des supermarchés occidentaux. Erreur. Cette splendide île tropicale, indépendante de facto du reste de la Chine depuis 1949, recèle une vie culturelle hyper-dynamique, en particulier dans le domaine de la bande dessinée. À l’honneur au festival d’Angoulême l’année dernière, le manhua (BD) taïwanais cache, comme toutes les bandes dessinées asiatiques, des merveilles. C’est une de ces pépites que les éditions Akata nous proposent de découvrir en traduisant en français « Seediq Bale – les Guerriers de l’Arc-en-ciel » de Row-Long Chiu. Réalisé avec un soin maniaque, ce très beau livre de plus de trois cents pages, raconte comment les Seediq, un des peuples aborigènes de l’île, se révoltèrent en 1930 contre l’occupant japonais. Des aborigènes à Taïwan ? Oui car, bien qu’essentiellement peuplée de Han, Formose, la « belle-île » (formosa en portugais) abrite aussi 500.000 aborigènes, lesquels parlent des langues de la famille austronésienne (comme les Indonésiens, les Maoris et les Polynésiens).

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© Row-Long Chiu/Yuan-Liou Publishing Co., Ltd.

Le dessinateur Row-Long Chiu s’est plongé dans l’histoire des Seediq, une tribu de chasseurs qui habitent dans les montagnes de l’ouest de l’île (ils sont moins de 100.000 aujourd’hui), dont il est devenu un des spécialistes mondiaux. À la fin du XIXe siècle, les « hommes véritables » (la traduction de « Seediq Bale ») vivaient en harmonie avec la nature, la chasse et le tissage étant deux des piliers du « Gaya », leur mode de vie ancestral que l’arrivée des Japonais, à qui la Chine cède Taïwan en 1895, va pulvériser. Pour les occupants, les aborigènes ne sont qu’un tas de sauvages, pour preuve leur tradition de décapiter les adversaires, un rite obligatoire pour recevoir un premier tatouage facial. Un homme ou femme sans tatouage sur le visage étant considéré comme un enfant, les Seediq décapitaient allègrement leurs congénères, ce au grand dam des Japs qui, comme tous les peuples colonisateurs, essaient de mettre les « sauvages » sur les rails de la « civilisation », comprendre leur imposer brutalement le mode de vie « moderne ». Après plusieurs révoltes écrasées plus ou moins péniblement par les militaires nippons, les Seediq paraissent pacifiés, certains d’entre eux adoptant même le style de vie des occupants. En réalité, il n’en est rien. Comme les Amérindiens, les Zoulous ou les Maoris, les aborigènes ne supportent pas le joug des « civilisés ». En 1930, le grand chef Mona Rudao fédère plusieurs tribus et attaque les Japonais. Décapitant tous les Japs qu’ils rencontrent, les Seediq détruisent tous les symboles de l’occupation honnie (forts, villages) et déclenchent la panique chez les militaires nippons qui décident d’appeler Tokyo au secours …

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© Row-Long Chiu/Yuan-Liou Publishing Co., Ltd.

Les amateurs de bande asiatique ne seront pas étonnés que « Seediq Bale » paraisse chez Akata. Cette maison d’édition a été fondée par Dominique Véret, le créateur de Tonkam, un des premiers éditeurs français à s’être lancé dans le manga, qui a publié des chefs-d’œuvre d’Osamu Tezuka comme « La Vie de Bouddha », « L’Histoire des trois Adolf » ou « Phénix, l’Oiseau de Feu ». « Seediq Bale » relève de la même politique éditoriale adulte, une démarche quasi-politique qui consiste à privilégier la publication d’œuvres exigeantes. Ainsi, en plus d’être une passionnante BD historique, le livre de Row-Long Chiu s’avère aussi être un fascinant travail d’ethnologie qui permet au lecteur de découvrir les coutumes et croyances d’un peuple méconnu, que l’auteur met en images à un moment crucial de son histoire, ce sans jamais tomber dans la mièvrerie ni le manichéisme. Au beau noir et blanc du récit répondent les splendides couleurs de la quinzaine de planches d’ouverture qui campent le décor. Signalons que l’ouvrage est préfacé par Patrick Menget, le président de l’association de défense des peuples premiers Survival International France (attention spoilers). Bref, un très beau bouquin à placer dans sa bibliothèque entre les « Mémoires de Géronimo » et les Corto Maltese. seediq 5   « Seediq Bale – les Guerriers de l’Arc-en-ciel » Éditions Akata 308 pages, 23,50 euros Bonus : le label Buda Musique vient de publier « Aborigènes de Taïwan : Anthologie de l’Art Vocal », un fantastique double CD qui compile les chants de certaines des tribus aborigènes de l’île. Magnifique ! « Seediq Bale » a été adapté au cinéma dans « Warriors of the Rainbow », deux films réalisés par Wei-Te Sheng et produits par John Woo.

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Une réflexion sur “« SEEDIQ BALE » : Le peuple de l’Arc-en-Ciel contre les fils du Soleil Levant

  1. les descendant des soldats du Kuomintang (de Tchang Kaï-Chek) sont une minorite. Les ”han” a Taiwan on imigre du Fujian ( Fukien) au 17e siecle et pres de 70% ont le hoklo et non le chinois mandarin comme langue maternelle… Priere de rectifier le tir… Sinon, article sympa, merci

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