Cinéma/Société

« China Blue »

« China Blue » : La Chine des jeans et des bleus de travail.

Couverture française du DVD

Couverture française du DVD

     « China Blue » (Zhongguo zhenglan 中国正蓝) est un documentaire sorti en 2005 réalisé par l’américain Micha X. Peled, fondateur de la société de production Teddy Bear Films, et co-dirigé par la sino-américaine Chen Zongxiu (陈宗秀) .

  Ce documentaire met en scène l’arrivée d’une jeune fille nommée Jasmine (Xiaoli 小莉 ou  »Petit Jasmin ») dans une usine de confection de jeans pour l’export dans la ville de Canton. Cette jeune fille de dix-sept ans, issue de la campagne a décidé de travailler à la ville pour subvenir aux besoins de sa famille, mais une fois bien installée dans les dortoirs communs de l’usine, elle va connaître la dure réalité du travail ouvrier : salaires non payés, surveillance des contremaîtres, travail à la chaîne pendant plus de 14 heures d’affilée, travail de nuit et  horaires supplémentaires non payées, désillusion quant à ses rêves d’avenir. Pas de doutes, si Zola avait été notre contemporain il aurait écrit un roman là-dessus. Mais là où Zola dépeignait de manière sordide et trash la vie de ses mineurs dans « Germinal », Micha X. Peled lui la dépeint de manière très poétique, à l’image de la jeune protagoniste qui écrit et dessine ses rêves dans son journal intime et papote dans les dortoirs avec ses amies.

Ici l’affiche américaine du film, en haut une ouvrière transporte son eau potable pour laver ses vêtements; en bas, Jasmine (à droite) et son amie (à gauche) ont trouvé un stratagème pour ne pas s'endormir au travail.

Ici une affiche du film, en haut Jasmine transporte un saut d’eau  pour laver ses vêtements; en bas, Jasmine (à droite) et son amie (à gauche) ont trouvé un stratagème pour ne pas s’endormir au travail: elles s’attachent les paupières avec des pinces à linge.

  Le point fort du film réside avant tout dans la véracité de ses propos et dans l’audace de son réalisateur qui a réussi à pénétrer dans le monde hermétique des usines chinoises de production à la chaîne, mais aussi dans le fait qu’il montre à la fois les vies de Jasmine, d’autres ouvrières, et celle du patron. Le réalisateur offre alors au spectateur le soin de comparer les différents point de vue des interviewés.

  Aussi, le documentaire soulève la réalité de sérieux problèmes, à commencer par celle des conditions inhumaines de travail des ouvriers causée par la course contre la montre et la course au profit. A ce propos j’aimerais faire un parallèle entre les points de vue de ce documentaire et d’un autre, intitulé « Mes beaux talons »  (âmes sensibles s’abstenir, abattage d’animaux à l’horizon) de Ho Chao-Ti et Zhong Yan. Dans « China Blue » la faute est implicitement rejetée -de manière tout a fait compréhensible- sur la figure du patron qui exploite sans grande vergogne ses ouvriers, mais dans une scène, une femme entrepreneur d’une autre firme qui visite les locaux voit ce qu’il s’y passe, et semble contente du résultat ô hypocrisie. Dans « Mes beaux talons » une scène montre les dirigeants d’une usine en pleine négociation avec les représentants d’une grande firme de chaussures de luxe, on apprend que ces derniers cherchent sans cesse à baisser les prix de la marchandise et le temps de production. Ces deux documentaires se complètent bien dans un sens: on y voit l’idée qu’ il ne faut pas rejeter la faute seulement sur les dirigeants et cardes des usines chinoises, mais aussi sur ceux des firmes étrangères qui sous-traitent et encouragent l’exploitation toujours plus intensive des ouvriers en demandant tout toujours plus vite et toujours moins cher, et enfin, il ne faudrait pas oublier que de manière indirecte la faute revient aussi aux consommateurs. (pour en savoir plus)

Ici, les jeunes ouvrières tiennent les pantalons qu'elles ont confectionné. Jasmine, glissera dans la poche de l'un d'eux une lettre pour demander à celui qui va l'acheter comment il vit, lui.

Ici, les jeunes ouvrières tiennent les pantalons qu’elles ont confectionné. Jasmine (en bleu), glissera dans la poche de l’un d’eux une lettre pour demander à celui qui va l’acheter comment il vit, lui.

Le saviez-vous ? En chinois, les usines de production à la chaîne se disent xuehan gongchang 血汗工厂, littéralement  »usines de sang et de sueur » ce qui ne laisse aucun doute sur les conditions de travail des ouvriers, tout est dans le nom.

  C’est de la participation du consommateur à cette chaîne d’exploitation par le travail que provient l’idée de Micha X. Peled et Chen Zongxiu d’appeler les consommateurs étrangers et chinois à boycotter les produits provenant des usines de sang et de sueur, dans le but de faire réagir les membres du Parti, plus précisément les membres de l’inspection du travail. Mais voilà nous sommes en 2013, et boycotter ces produits n’a toujours pas fait réagir les cadres de l’inspection du travail responsables de l’encadrement du patronat des usines de production à la chaîne. Alors dans ce cas, que faire ?

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  Pour réfléchir à la question je vous invite à lire diverses articles sur les blogs de toutes langues,  les sinisants peuvent lire les blogs chinois sur la question et aussi des articles universitaires sur la base de donnée chinoise CNKI si vous le pouvez (les bibliothèques de la BULAC et Grands Moulins de Paris proposent un accès gratuit à la plateforme) ; pour les non sinisants ne vous inquiétez pas, j’ai résumé le contenu de deux documents en chinois pour vous :

Le premier provient d’un blog de critiques de films, l’auteur de ce titre a pour pseudonyme De Jilupian 的纪录篇, sa critique date de 2006.

http://i.mtime.com/xy82326/blog/1027353/

Résumé des idées principales :

Ce blogueur commence par présenter le film, le résumer, puis il décrit la jeune Jasmine et l’entrepreneur comme les protagonistes principaux du film. Par la suite, il s’interroge sur les différences de point de vue entre les spectateurs chinois et les spectateurs étrangers (il cite les mots « étrangers » et « américains »), il insiste aussi sur le fait que l’expérience de la jeune fille est banalisée aux yeux des spectateurs chinois, mais qu’elle rend tout de même un sentiment de tristesse, de grisaille. L’auteur appuie sur le fait que le quotidien de la petite Li est le véritable quotidien de la majeure partie des ouvriers chinois ; l’auteur se demande également quelle est le véritable but du réalisateur, et si la vision des étrangers ne serait pas quelque peu biaisée par les préjugés relatifs à la Chine. Mais pour finir, l’auteur nous explique que les yeux des étrangers sont grands ouverts sur la réalité du problème des usines chinoises, tandis que les chinois ont les yeux fermés.

Le second est un extrait d’une interview radio provenant de Radio Free Asia en 2008.

http://www.rfa.org/mandarin/yataibaodao/china_blue-20070131.html

Résumé des idées principales :

Nous apprenons dans ce texte que la co-scénariste Chen Zongxiu 陈宗秀 du documentaire « China Blue » appelle au boycott des produits provenant des usines chinoises  »de sang et de sueur » dans l’espoir d’obliger le gouvernement -plus particulièrement le département d’inspection du travail- à changer sa politique vis à vis de ces usines ; car selon Chen Zongxiu le gouvernement non seulement protège le patronat des usines mais aussi encourage la poursuite du profit qui fait perdre toute notion de bon sens à ce même patronat. En co-réalisant ce film Chen Zongxiu a voulu révéler la réalité de la condition des ouvriers dans les usines textiles en Chine, elle espère également être le déclencheur d’un changement de politique qui irait vers une amélioration des conditions de vie des ouvriers, mais aussi vers un management entrepreneurial plus humaniste.

Et vous chers lecteurs, qu’en pensez-vous ?

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2 réflexions sur “« China Blue »

  1. Merci pour cet article très intéressant de China Labor Watch. Concernant les horaires citées dans l’article elles proviennent du film, dans certains passages des annotations « 17e heure de travail » puis  »20e heure de travail » sont affichées à l’écran, après il n’est pas précisé si les ouvriers se sont relayés entre eux durant ces heures de travail. Ces indications m’ont induite en erreur, je vais revisionner le documentaire et modifier les données en conséquence. Merci pour votre remarque.

    Aussi, vers le début du film, il est précisé que les ouvriers de cette entreprise travaillent pour la plupart 7 jours par semaine, puis, vers la fin une jeune fille précise qu’elle doit travailler de nuit de 19h le soir à 9h le lendemain au matin, soit 14 heures d’affilée en heures supplémentaires non payées (01H01min59s).

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