La couv' du dimanche/Littérature

La Couv’ du dimanche 2 : « Shanghai Baby » de Wei Hui

   Aujourd’hui, nous allons nous intéresser au Best-seller « Shanghai Baby ». Mais avant de commencer l’analyse de la couv’, j’aimerais vous éclairer sur le titre de Best seller. L’œuvre de l’écrivaine Shanghaienne a fait un tabac au États-Unis, et a été notamment traduit en anglais, en français, en espagnol, et en italien. Cependant, en Chine le titre se vend sous le manteau, d’abord tiré à 80 000 exemplaires dans une maison d’édition de Shanghai, le livre a été censuré et brûlé, accusé de faire l’apologie de l’adultère, des mauvaises mœurs et d’un individualisme trop prononcé. C’est peut-être une des raisons qui ont permis à l’œuvre de se faire entendre à l’étranger. Le lecteur est libre de s’en faire une opinion par lui-même.

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Couverture chinoise du livre. Cette couverture est caractérisée par son absence de couleur, son caractère un peu photocopié. C’est la seule image que j’ai réussi à trouver sur la toile.

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Couverture française. Caractérisée par ses couleurs, la tenue extravagante de l’héroïne et son expression mutine. Les papillons tatoués sur le bras de l’auteur font référence à son roman précédent « Le cri strident du papillon » 蝴蝶的尖叫 Hudie de jianjiao publié en 1998.

41PILjg+3qL Couverture américaine. Caractérisée par ses couleurs acidulées contrastant avec la peau grise et lisse de la jeune femme dont seule la couleur fuchsia des lèvres ressort. Le rose sexy contraste avec la longue chevelure noire en cascade et le gris morbide de la peau. En anglais, en guise de sous-titre nous pouvons lire « Une histoire d’amour, de sexe et de découverte de soi ».

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  Concernant notre sujet: la couv’.  La première chose qui nous saute aux yeux lorsqu’on regarde les trois couvertures est la ressemblance entre les trois femmes qui les illustrent. Il s’agit en réalité de la même femme. Mais qui est cette femme ? Le modèle d’une inconnue ou bien… l’auteur de l’œuvre elle-même ? Sur sa peau sont tatoués les mots Weihui, soit le propre nom de l’écrivaine, il n’y a alors plus de doutes quant à l’identité de la femme de la couv’ de ce dimanche. Mais pourquoi se mettre en couverture de son propre livre ? Je ne vois qu’une solution : le livre est à caractère autobiographique.

En regardant de plus près, l’apparence de la femme est soignée sans être distinguée, maquillée, son rouge à lèvre contraste avec sa peau diaphane. Elle est même maquillée et habillée de manière extravagante sur la 2e couv’ qui détonne, mélangeant le bleu de son ombre à paupières, le rose fuchsia des ses lèvres, et le rouge pétant de sa robe bustier à motif traditionnel chinois. Weihui est définitivement une femme chinoise moderne et branchée, qui n’a pas peur de choquer par son apparence. Mais qu’en est-il de ce regard perdu dans le lointain ? Son expression tantôt un peu triste tantôt mystérieuse, gardant sa bouche entrouverte dans un jeu de séduction ou faisant la moue dans un rictus. Qu’arrive t-il à cette triste et mystérieuse femme ? Quelles joies, quelles peines étreignent ses pensées?

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  Coco vit de soirées arrosées et d’étranges rencontres au détour de la nuit. La jeune écrivaine shanghaïenne dans la fleur de l’âge est ivre d’inspiration et d’amour idéal. Éprise de Tian Tian, jeune homme doux et sensible, mais aussi, toxicomane, dépressif et impuissant, elle s’engouffre dans une relation protectrice teintée de devoir maternel, de frustrations et d’auto satisfaction. Et puis, elle rencontre l’allemand, homme marié, à la carrure exotique, imposante et autoritaire, quasi fasciste, qui la comble d’excitation sexuelle trash et de culpabilité à la fois. La,jeune femme pourra-t-elle continuer à supporter au fil du temps ce schéma adultère si idéal dans l’imaginaire collectif des autres femmes qu’elle rencontre, mais si désagréable et  pourtant si magnétique pour elle ? Tian Tian pourra t-il tenir le choc ?

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  « Shanghai Baby » est un roman à caractère autobiographique, un récit centré sur l’ego et la découverte de soi au travers des sentiments complexes de l’amour et des sensations, parfois contradictoires, de son propre corps. Tel un Haipai moderne à la sauce des années 2000, la frivole ville de Shanghai engloutit ses personnages hauts en couleurs. Trash et authentique.

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« Shanghai Baby »

Weihui (1973 – ) 周卫慧 Zou Weihui

Chine (2000) censuré – France : Philippe Picquier (2003)

Titre original : 上海宝贝 Shanghai baobei

Traduit par Cora Whist

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NB : Haipai , en français littérature de Shanghai, souvent opposée au courant littéraire de Pékin, est un courant littéraire des années 1920 et 1930 qui met en avant des personnages dévorés par la ville de Shanghai, ville de tous les plaisirs et de toutes les folies. (Ex : « Le Fox-Trot De Shanghai – Et Autres Nouvelles Chinoises », recueil de nouvelles chez Broché).

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