La couv' du dimanche/Littérature

La couv’ du dimanche 3 : « Beijing Coma » de Ma Jian

 

Le titre de ce roman de Ma Jian, « Beijing Coma » signifie littéralement  »le coma de Pékin ». Titre lourd de sens puisque l’ouvrage a pour personnage principal un jeune étudiant, Dai Wei, dans le coma, alité depuis des années à cause d’un événement que la Chine entière s’est empressée d’oublier : les affrontements lors des manifestations de la place Tiananmen à Pékin en juin 1989. Mais l’auteur, lui, n’a pas oublié, son frère est tombé dans le coma pour les mêmes raisons que son personnage.
Aujourd’hui trois couverture : une française, une anglaise et une américaine. Beijing Coma n’a pas de couverture chinoise car il n’a jamais été publié en Chine, son auteur, Ma Jian est exilé à Londres.

Lentement les pensées fluctuantes du jeune homme construisent le récit. Dai Wei appréhende tout d’abord l’environnement qui l’entoure à l’aide de ses sens, puis sort des prémices de sa conscience pour y plonger plus profondément. Il tente alors de rassembler des souvenirs éparses, de son enfance au jour fatidique qui a fait basculer sa vie, le laissant de l’autre côté entre la vie et la mort.

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Un état entre la vie et la mort.

Couverture française

Couverture française

 

État second qui est probablement représenté sur la couverture française du roman : un enfant allongé sur des toiles de peaux, les yeux fermés, le bras relevé au dessus de la tête dans une position détendue, profondément endormi, peut-être pour toujours.

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Le souvenir d’un lieu désert et inaccessible.

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Souvenirs, comme le mur intérieur d’un appartement, des fils électriques qui dépassent, deux thermos posés côte à côte sur une table en bois vieillie, une cocotte minute : la couverture anglaise prends le parti de ne pas représenter d’êtres vivants. Cet appartement vide pourrait bien représenter celui de Dai Wei et de sa mère, un souvenir simple mais récurrent, rassurant et nostalgique. Qu’en est-il de cette paire de thermos, à qui appartiennent-elles ?

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Le bruit d’un battement d’aile.

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Les souvenirs dans le récit sont déclenchés par les sensations qui ont une place primordiale dans le récit, chaque sensation déclenche une chaîne de souvenirs, l’oiseau qui bat des ailes à la fenêtre de la chambre d’hôpital en est un parfait exemple. Cet oiseau qui déclenche les premiers souvenirs du personnage principal est d’ailleurs représenté sur la couverture américaine du roman. Posé sur une branche d’acacia, une étincelle de lumière au bout du bec, il est la clef du commencement et celle de la fin. Cette étincelle est-elle le symbole des souvenirs jaillissant du jeune homme ou celui de sa propre vie, de son âme s’évadant au delà ?

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Ma Jian d’un réalisme cru et non idéaliste nous fait vivre le récit. Dans cette histoire point de happy end, la fin est déjà pressentie dès les premières pages du roman. Comme l’aurait dit un jour Laozi : « Le but n’est pas le but, c’est le chemin ». Et quel chemin ! Sinueux, pentu, long et rocailleux, le chemin du récit prend les traits d’ un témoignage fictionnel poignant détaillé et dense sur la famine de l’enfance, les luttes étudiantes intestines, ainsi que l’élan de vie, de rage et d’espoir d’une jeunesse chinoise écrasée dans le sang.

 

 

Beijing Coma

Ma Jian (1953 – )

France : Par ailleurs, Flammarion 2008

Traduit par Constance de Saint-Mont

En savoir plus : critique du Nouvel Observateur

Photographies prises sur la place lors des manifestations âmes sensibles s’abstenir

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