La couv' du dimanche/Littérature

La Couv’ du dimanche 4 : « Une chinoise ordinaire » de Stéphane Fière

 

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« Une chinoise ordinaire ».

Doit-on prendre le titre du roman au pied de la lettre? Quelle serait la définition d’une « chinoise ordinaire » au juste?

« Entrepreneuse en viande humaine. Un commerce comme un autre. »

Sur la couverture, des talons rouges ferrari outrancièrement pointus, la chaussure gauche sur le flanc comme enlevée  négligemment, il faut avouer que ces chaussures sont tout de même un peu tape à l’œil, connotées « femme de passion », mais au final ne sont-elle pas tout à fait ordinaires, dans le sens où n’importe qui pourrait les porter?

Car Ai Guo ou Aileen ou Aline, l’héroïne du roman est une jeune femme qui vend son corps et en fait son business, l’auteur la considère comme une femme ordinaire qui exerce un métier, peut-importe lequel, et c’est dans ce sens que l’on pourrait voir le mot « ordinaire » . On pourrait dire que l’auteur a pour cela un regard amoral sur le monde du sexe. En Europe depuis les temps anciens, les filles de joie sont stigmatisées et mises de côté par la société. Est-ce le cas dans la Chine d’aujourd’hui, dans un monde où le rapport au sexe est différent par rapport à nos mœurs européennes toujours empreintes de religion monothéistes et complexes à la fois ? Le rapport au sexe en Chine est comme ambivalent, oscillant entre l’amoral, ni bon, ni mauvais, qui pourrait provenir du temps où les courtisanes étaient monnaie courante, et le tabou qu’à laissé derrière lui les années d’abstinence du maoïsme.

« On se moque des pauvres, jamais des prostituées, le proverbe le dit clairement. »

Désabusée, lucide, très explicite, peste et grinçante dans une Chine ultra capitaliste qui ne veut se l’avouer, Ai Guo vous dira à la première personne,  à coups de sms et de conversations téléphoniques les quatre vérités du monde de la prostitution en Chine. La jeune femme a de l’ambition, cupide et vénale, issue des bas fonds de la société, elle ne souhaite pas finir comme certaines de ces collègues : bétail de sexe, usées physiquement et moralement jusqu’à la moelle. Elle réduit alors son champ de clientèle pour se consacrer à ses « patients » exclusivement étrangers, et surtout français, plus riches que la moyenne des chinois.

Et l’étranger, et le français en prend aussi pour son grade, l’auteur n’épargne personne, que ce soit les prostituées droguées à l’argent, les clients venus chercher un statut qu’ils n’ont pas dans leur pays d’origine, ou les tours de passe-passe de certains chinois qui s’achètent de faux diplômes pour partir à l’étranger.

« Devenir riche est glorieux »

Qu’importe le commerce, tout ce qui importe c’est l’argent. Arrivera-t-elle à se sortir de la spirale de l’avidité pour trouver un peu de réconfort dans les bras d’un homme qu’elle verra différemment? Le nouveau voisin va-t-il changer la donne?

Ce livre on l’aime ou on ne l’aime pas, pour certains ce livre est dur à lire, que ce soit à cause du caractère de l’héroïne, des scènes très explicites qui ne plaisent pas à tout le monde, du monde shameless  dans lequel les personnages évoluent. Dans tout les cas,  il ne faudrait pas penser que la Chine se résume aux mots dans ce livre, mais il nous fait tout de même part, avec un certain hyperéalisme* cru, d’une facette d’un monde peu souvent décrit de la sorte avec autant de détails, Ai Guo se livre au lecteur sans pudeur et lui parle à cœur ouvert.

 

congzi11

Stéphane Fière connaît bien la Chine, il y vit depuis de nombreuses années.

 

« Une Chinoise Ordinaire » de Stéphane Fière

Paris, Métaillé, 2014

 

*A écouter : émission RFI « la voix des mots »

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