La couv' du dimanche/Littérature/Société

La Couv’ du dimanche 6 : « La Chine d’en bas » de Liao Yiwu

Comme souvent, CN KICK vous fait partager ses coups de cœur littéraires. Aujourd’hui nous nous intéressons à Liao Yiwu (廖亦武) et à son ouvrage La Chine d’en bas.

Vous ne verrez probablement jamais la couverture de La Chine d’en bas en Chine. Liao Yiwu est en effet sur la liste noire du gouvernement chinois. Son tort ? Avoir écrit, une nuit de juin 89 un poème intitulé « Massacre », puis avoir tourné un film, « Requiem », qui a attiré  l’attention du pouvoir. En 1990, alors qu’ils s’apprêtaient à prendre le train, six de ses amis poètes et romanciers, ainsi que sa femme enceinte et lui sont arrêtés par plusieurs policiers. Liao Yiwu est condamné à quatre ans de prison. À sa sortie, sa femme l’a quitté et sa marginalisation l’empêche de retrouver un semblant de vie normale. Au détour d’une vie d’errance et de petits boulots, il rencontre alors les renégats de la société chinoise. Il les apprivoise et les questionne sur leur quotidien. Ces entretiens, il les regroupe dans un livre intitulé Interview with the Bottom Rung of Society. Une version aseptisée est publiée en Chine en 2001, avant d’être rapidement retirée des rayons par le Bureau de la propagande et l’Administration générale de la presse et des publications. En 2002, le manuscrit sort de Chine par l’intermédiaire d’un maître de conférences à l’Université de Yale et en 2006, une version enrichie de 27 portraits est finalement publiée en anglais à l’étranger. La version française, traduite de l’anglais et intitulée La Chine d’en bas est sortie en mai 2014. Elle est disponible aux éditions 13e note. 

La couverture de l’édition française est d’une grande sobriété. Le nom de l’auteur se fait discret, laissant tout l’espace au titre et à une photo en noir et blanc. Sur cette photo, un homme nous fait face, poussant son vélo à pied. À côté de lui, un mendiant torse-nu, à qui il semble manquer un membre, se traine péniblement sur le sol mouillé par la pluie. Voici la Chine d’en bas, les laissés-pour-compte du socialisme chinois. À l’arrière-plan, une immense affiche nous montre une jeune femme se prélassant en nuisette sur un lit massant. Image touchante de cette Chine à deux vitesses, dont le formidable développement ne rend les inégalités que plus criantes.

Ce sont ces personnes oubliées que Liao Yiwu nous présente au détour de la trentaine de portraits de cet ouvrage. Du pleureur professionnel à l’ancien fonctionnaire en passant par le chanteur de rue et le migrant … L’auteur nous propose de découvrir ces inconnus de la Chine d’hier et d’aujourd’hui. À la frontière entre journalisme et littérature, ces portraits sensibles, précis, pleins de compassion, touchent le lecteur et lui font découvrir des pans de l’histoire moderne que la Chine officielle a préféré oublier. Car au fil des pages, c’est bien l’histoire du Grand Bond en avant, de la Révolution culturelle, des réformes de Deng Xiaoping et des événements de Tian’anmen que Liao Yiwu esquisse. Le lecteur est transporté, touché, épuisé par la richesse de ces entretiens qui vous emmènent au plus profond de la campagne chinoise.

Après des années d’emprisonnement et de persécutions, Liao Yiwu vit en Allemagne depuis 2011 après avoir quitté la Chine par la frontière avec le Vietnam. Son ouvrage est à placer dans les mains de tous ceux qui souhaitent découvrir une autre image de la Chine, loin du « miracle économique » et des gratte-ciels shanghaïens.

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