Architecture/Photo/Société

Rob Smith photographie Shanghai – Interview

Aujourd’hui, CNKICK interview Rob Smith, photographe britannique installé à Shanghai depuis 1996. Rob réalise de superbes photographies de paysage et de la vie de rue shanghaïenne. Nous vous recommandons fortement son site de même que son flickr.

En plus de l’interview, vous trouverez à la fin de l’article une galerie de ses photographies de paysage. Cette série de photos a la particularité d’avoir été prise depuis des hôtels de Shanghai.

 

Laurent Hou : Pouvez-vous vous présenter en tant que photographe? Quel type de photographe faites vous? Vous considérez-vous comme un photographe professionnel?

Rob Smith : Je travaille comme consultant : j’aide des entreprises étrangères à établir des usines en Chine,et ma formation est spécialisée dans le management de projets d’ingéniérie. Mon principal hobby est la photographie. Elle occupe une très grande place dans ma vie puisque cela fait presque 40 ans que je prends des photos « sérieusement », en commençant avec le film, puis en passant au digital il y a environ 14 ans. Je suis d’abord tombé amoureux de la photographie de paysage.  J’ai commencé à voyager autour du monde avec mon travail et j’ai ressenti l’envie de faire des images dans un style photojournalistique et de photographie de rue.

 

LH :Vous vivez à Shanghai depuis 1996, et vous avez fait des photographies de la ville dès le premier jour. Beaucoup de gens finissent par se lasser de toujours photographier le même endroit. Comment faites-vous pour rester enthousiaste ?

RB: Shanghai a un très gros potentiel pour la photographie et il y a plein d’images à capturer. Dabord, vous avez la structure de la ville elle-même, qui grandit et se développe à un rythme impressionnant, avec de nouveaux bâtiments et de nouvelles strcutures qui apparaissent comme de nulle part. Ensuite, vous avez les millions de gens qui vivent dans cette ville fascinante. Certains d’entre eux s’accrochent à des traditions et un style de vie qui semble en porte à faux avec tous ces changements, même s’ils essaient aussi de s’adapter. Vous avez aussi les nouveaux riches, qui vont faire leurs achats dans les boutiques les plus chères, s’habillent chez les couturiers et conduisent des voitures de luxe. Le contraste entre ces deux styles de vie et la manière dont ils coexistent est un grand sujet de réflexion pour moi. Les bâtiments stimulent ma passion pour des photos de paysage. En ce qui concerne les gens, certains aspects culturels, me poussent vers la photographie de rue et je navigue entre ces deux genres au gré de mes émotions. Je ne me lasse jamais de photographier Shanghai. Je souhaiterais seulement avoir davantage de temps à y consacrer.

 

LH : La juxtaposition et le contraste entre la tradition (ou simplement des éléments miteux) et la modernité attire beaucoup votre attention. Lorsque vous sortez faire des photographies, recherchez-vous ce type de scène en particulier ?

RB: Cette juxtaposition de vieux et de neuf, de moderne et de traditionnel m’a toujours fasciné. La première fois que j’en ai fait l’expérience, c’était lors de mon premier séjour à Hong Kong. Je m’étais promené dans beaucoup d’allées et ruelles étroites, où j’avais vu une facette de Hong Kong très différente de celle des cartes postales. Lorsque je suis arrivé à Shanghai, le contraste était encore plus saisissant parce que la ville était moins avancée dans son développement. Ce contraste m’intrigue toujours et j’essaie consciemment de trouver des scènes qui montrent simultanément ces deux facettes opposées.

 

LH : Que pensez-vous des changements de Shanghai depuis 1996 ?

RB: Si j’avais su en 1996 à quel point Shanghai allait changer, j’aurais pris davantage de photographies pour documenter ce changement. C’est incroyable! Lorsque vous venez d’un pays développé, l’environnement ne change pas beaucoup… Ici, c’est très different, avec des démolitions et des constructions en permanence. En dehors des bâtiments, un des gros changements réside dans le nombre de voitures. En 1996, il y avait très peu de voitures privées mais maintenant il est difficile de trouver un emplacement de parking et la circulation est horrible. Mais de manière générale, la ville est plus propre et mieux organisée, et beaucoup de produits de mon pays qui me manquaient sont maintenant disponibles. Récemment, Shanghai a attiré l’attention du reste du monde et devient une ville internationale un peu « trendy », ce qui comporte des avantages et des inconvénients. J’espère qu’une partie du vieux Shanghai va réussir à perdurer.

 

LH : Vous avez développé des techniques(voir le blog de Rob Smith) pour prendre des photos derrière une vitre –et le résultat est si bon que l’on ne se doute de rien… en dehors des aspects purement techniques, qu’est-ce qui est important pour vous dans la photographie de paysage ?

RB : Le point de vue, la lumière et la composition. Tout d’abord, il faut trouver un lieu qui donne un point de vue intéressant. Cela demande de faire des recherches et de connaitre la ville. Ensuite, il faut choisir un moment où la lumière met le paysage en valeur. On parle de l’heure bleue et de l’heure d’or en photographie : le meilleur moment est au début ou à la fin de la journée. Pour qu’une bonne photo deviennent une très bonne photo, il faut une lumière et un ciel intéressants. Enfin, il faut une bonne composition, avec un avant-plan,le sujet principal et un arrière-plan, le tout avec des lignes de force qui aident le spectateur à “entrer” dans l’image. Les villes sont très belles lorsque leurs lumières s’allument, alors mon moment préféré est juste après le coucher du soleil, lorsque les lumières sont allumées mais que le ciel n’est pas encore trop sombre.

 

LH: En dehors de Shanghai, je suppose que vous avez voyagé dans d’autres villes chinoises. Quelle est la spécificité de Shanghai par rapport aux autres villes chinoises ?

RB: Je suis sûr que si j’avais vécu dans une autre ville chinoise, j’aurais aussi trouvé beaucoup des sujets intéressants à photographier. J’aime photographier et retoucher mes images, c’est ma grande passion. Cela dit, Shanghai est particulièrement riche visuellement et le contraste pauvreté/richesse apparaît de manière plus brutale. Shanghai me donne énormément d’énergie, comme si on m’avait branché sur une prise de courant. Je ne pense pas que les autres villes chinoises puissent me faire le même effet.

 

LH :Je regarde votre compte flickr depuis longtemps et ai aussi fouillé vos photos mises en ligne plus anciennement. Votre travail est remarquable aussi bien en paysage qu’en photo de rue. Je remarque au passage que vos paysages montrent surtout les aspects modernes de Shanghai et votre photo de rue est plus orientée vers les classes populaires de la société et les vieilles rues. Pourquoi ?

RB: Le but de ma photo de rue est surtout de documenter la vie des gens ordinaires à Shanghai, et les personnes les plus intéressantes pour moi sont celles qui ont très peu de choses mais parviennent à survivre avec dignité. Lorsque je vais dans des vieux quartiers populaires, je vois beaucoup des gens souriants. Ils semblent bien se connaître dans le quartier et sont chaleureux. Ils vivent à la vue de tous : ils cuisines, ils se lavent, ils mangent, ils jouent voire dorment dans la rue. Leur style de vie est peut-être comparable à celui de mes grands parents il y a 100 ans au Royaume Uni : les gens ne fermaient jamais leur porte à clé.
Les paysages urbains que je prends montrent une vue différente, en hauteur et bien plus large, et ils révèlent l’avenir de la ville. Dans certaines images j’essaie d’englober les deux aspects, mais l’impact n’est pas forcément aussi fort que si vous montrez deux types de photos côte à côte.

 

LH : Comment les gens réagissent-ils lorsque vous prenez des photographies dans la rue, qu’il s’agisse de paysages ou de photos de rue ? Avez vous croisé des gens qui vous en veulent ? Si oui, comment gérez-vous ce type de situation ?

RB: Lorsque je prends de sphotos de paysage, j’utilise un trépied, surtout le soir, et les gens viennent me voir, curieux de savoir ce que je photographie. Ils veulent voir l’écran à l’arrière de l’appareil et souvent je leur montrent les photographies que j’ai prises. En général, les gens me félicitent et me demandent d’où je viens. Un vieil homme pensait que je travaillais pour la BBC , ce qui m’a amusé. Pour moi, c’est une facette intéressante de la culture chinoise. En Occident, les gens sont aussi intrigués mais ils n’osent pas le montrer.
Pour la photographie de rue, j’ai une technique qui me permet de photographier sans trop me faire remarquer. Si je suis à proximité de gens et que je soulève mon appareil pour regarder dans le viseur, les gens se cachent ou posent pour la photo… deux scénarios indésirables. En général, je vais regarder quelque chose d’autre pour détourner leur attention et prendre une photo alors que mon appareil est toujours au niveau de mon buste. Je ne regarde pas immédiatement la photo donc en général les gens ne se rendent compte de rien. C’est un peu sournois, mais c’est la meilleure méthode pour avoir des photos naturelles. Par contre, c’est difficile pour la composition. Si je dois me servir de mon viseur, je reste dans les parages, jusqu’à ce que les gens s’habituent à ma présence et ensuite je prends ma photo rapidement. Durant toutes ces années, j’ai eu un certain nombre de gens qui se sont rendu compte que je les prenais en photo et semblaient mécontent. Dans une telle situation, je leur montre la photo et leur donne une carte de visite avec la mention « photographe ». C’est un petit tour assez efficace puisque je passe du statut de touriste fouineur à celui de photographe professionnel et cela peut les rendre fiers. Plus d’une fois on m’a demandé de prendre plus de photos, ce que je fais de bonne grâce car cela leur fait plaisir.

 

Merci à Rob pour sa gentillesse et son temps!

 

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