Société

Les LGBT en Chine #1 : être gay en Chine aujourd’hui

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Le Centre LGBT Paris-Île de France

Installé en France depuis 10 ans, YU Zhou (son prénom français est Christophe) parle couramment le français et est actif au sein du centre LGBT de Paris – Ile de France. Cependant, il reste très attaché à son pays et est à l’origine de nombreux projets visant à sensibiliser les jeunes Chinois gays et à leur permettre de vivre leur sexualité, comme la Semaine LGBT chinoise à Paris. L’équipe de CN KICK est allé à sa rencontre afin d’en apprendre davantage sur la situation des LGBT, et notamment des gays en Chine. Cet article est le premier d’une série traitant des problématiques LBGT en Chine.

En Chine, l’homosexualité était punissable par la loi jusqu’en 1997 (en tant que pratique déviante, au même titre que l’adultère) et considérée comme une maladie mentale jusqu’en 2001. C’est dire si le débat autour de la question y est récent. Pourtant, la tradition chinoise a longtemps toléré l’homosexualité, même si elle se pratiquait essentiellement dans un rapport de classe dominante et classe dominée. Les mandarins obtenaient souvent des services sexuels d’autres hommes (généralement appréciés pour leur féminité), à la manière des pratiques des philosophes de la Grèce antique. Mais l’arrivée du Parti communiste au pouvoir en 1949 entraîna une moindre tolérance, sans aller cependant jusqu’à la répression. Si une prise de conscience tardive s’opère actuellement dans la société, notamment grâce à Internet, le chemin à parcourir est encore long. Le sujet est pourtant d’importance : on estime que la communauté LGBT en Chine représente entre 40 et 60 millions d’individus, soit presque l’équivalent de la population française ! Et comme l’explique YU Zhou : la sexualité, l’amour, la famille représente plus de la moitié de la vie d’un individu, c’est donc loin d’être un sujet mineur !

Le poids des traditions 

Bien que la législation se soit assouplie sur la question des homosexuels, le sujet reste encore très tabou au sein de la société. En Chine plus qu’ailleurs, le poids familial pèse très lourd sur les épaules des jeunes. La politique de l’enfant unique lancée en 1979 a entrainé la concentration des espoirs de toute une famille sur les épaules d’un seul enfant. Quand on connait la force du concept de « face » (面子 miànzi) et l’importance accordée à la perpétuation de la lignée, on devine qu’avoir un enfant homosexuel est difficilement acceptable pour des parents Chinois. Avoir un enfant gay risquerait d’entrainer la marginalisation sociale de toute une famille. Face à ce constat, de nombreux jeunes homosexuels choisissent la négation de leur identité sexuelle, de peur de faire porter à leur parents un fardeau trop lourd. Nombre d’entre eux se marient quand même à une femme (rester célibataire est presque impensable en Chine), quitte à causer leur propre malheur et celui de leur compagne. Le coming-out reste donc marginal chez la communauté LGBT chinoise et l’homosexualité se voit contrainte de rester dans le domaine des non dits.

Un certain type d’arrangement s’est même développé : le « Xinghun » (形婚), une forme de « mariage coopératif » d’un gay et d’une lesbienne, leur permettant ainsi de conserver une façade sociale et de satisfaire leur famille tout en vivant leur vie sexuelle et amoureuse chacun de leur côté. Une application nommée « QUEERS » a même été développée pour faciliter ces mariages arrangés.

Peu de volonté de revendication 

YU Zhou nous explique que le peu d’association de défense des LGBT en Chine ne s’explique pas uniquement par le contrôle politique intense (réel), mais également par un sentiment de résignation des gays Chinois. Contrairement à la France, il n’y a pas de volonté forte de revendication, plutôt un sentiment de résignation, les Chinois n’ayant pas pour tradition de s’associer autour d’un projet et de faire des revendications à la société. La plupart des initiatives LGBT dans les grandes villes chinoises (associations, ONG) sont en réalité soutenues par des organisations étrangères.

Les lignes bougent grâce à Internet et aux applications 

Si en France les communautés LGBT disposent de multiples canaux d’information (web, TV, radio, institutionnel…), en Chine l’information circule quasi exclusivement sur internet, via les forums et réseaux sociaux. Il ne faut pas compter non plus sur les campagnes de sensibilisation à la prévention aux MST, dont YU Zhou n’a pas connaissance car ne vivant plus en Chine. Malgré l’auto-censure dont font preuve de nombreux Chinois, certaines communauté, notamment artistiques ont vu le jour dans les grandes villes en Chine. Des lieux de rencontre gays ont fleuri un peu partout : bars, sauna, clubs etc. Sur Internet, des forums ont été créés pour mettre en lien les jeunes homosexuels et une application de rencontre gay fait même le buzz actuellement. Si par le passé, les jeunes restaient en général chez leurs parents jusqu’au mariage, l’indépendance économique qu’obtiennent certains leur permettent désormais de vivre seul et d’assumer leur sexualité plus facilement. Dans l’art, il est rarement dépeint des couples homosexuels, ou bien ils sont censurés. Il n’existe pas de réel icône gay comme Mylène Farmer en France, ou alors son homosexualité est secondaire. Ainsi, l’acteur d’Adieu ma concubine Leslie Cheung était déjà très célèbre avant d’être reconnu comme gay.

Yu Zhou précise « Je ne considère pas la société chinoise ou le pouvoir public comme ennemis, mais interlocuteurs sur la question LGBT. Notre travail est de faire évoluer la mentalité des gens sur la question LGBT. On essaie d’abord de comprendre l’origine des difficultés et ensuite de les résoudre avec l’aide de toute la société en s’inspirant des bonnes pratiques des autres cultures ». 

De nombreuses initiatives parisiennes et chinoises 

YU Zhou a assisté à la Shanghai Pride ayant lieu chaque année au mois de juin depuis 2009. Ce festival, originellement d’initiative américaine, a été peu à peu repris par les acteurs des communautés LGBT locales bien que des Occidentaux continuent à y participer.

Si les initiatives de ce genre se développent en Chine, elles peuvent cependant difficilement espérer un soutien officiel. L’homosexualité a beau être tolérée, la très grande majorité des manifestations LGBT en Chine (festivals ou autres) est hébergée par des institutions étrangères telles que les consulats.

YU Zhou, suite à sa participation à la Shanghai Pride, a souhaité lancer la semaine LGBT chinoise à Paris. Pourquoi Paris ? « Il y a moins de problèmes » nous dit-il. Mais aussi car il y a, selon lui, un retard de la communauté chinoise de France par rapport à la société française sur ce sujet. Et même si la Chine est loin, il espère que les Chinois puissent être informés de ces manifestations grâce à internet, et que cela participe à accélérer l’évolution des mentalités. « À l’étranger, tu as plus de possibilités. Si j’avais été en Chine, je n’aurais jamais osé organiser ce que je fais en France ». YU Zhou confie qu’un départ à l’étranger pour les Chinois LGBT peut constituer, de manière volontaire ou non, un tremplin vers l’acceptation de sa sexualité voire le développement d’un engagement associatif LGBT.

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La deuxième édition de la semaine LGBT chinoise à Paris aura lieu du 4 au 18 février 2016

La semaine LGBT chinoise à Paris propose des événements variés: conférences, spectacles, performances sur des thématiques transverses à la Chine, la France et la communauté LGBT. La deuxième édition de cet événement aura lieu du 4 au 18 février 2016.

YU Zhou ne compte pas s’arrêter là: un projet de magazine est en gestation, ainsi qu’un projet de tourisme LGBT à destination des Chinois souhaitant découvrir l’histoire et les hauts lieux de la communauté LGBT française, belge et des pays-bas. Plusieurs personnes sont investies sur ces projets qui devraient voir le jour bientôt.

Pour en savoir plus:

La semaine LGBT chinoise à Paris

Programme de la semaine LGBT chinoise 2015 (événement passé)

Le Centre LGBT Paris Île-de-France

La Shanghai Pride

Propos recueillis et article rédigé par Tom Tiger et Ondine Martinez

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