Art Contemporain

Interview de Benoît+Bo, duo d’artistes franco-chinois

CNKICK : Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?
Benoît+Bo
 : Nous sommes deux artistes visuels et nous travaillons ensemble depuis 12 ans. Bo est chinois, Benoît est français. Nous déménageons souvent.

CNK : Parlez-nous de votre nom chinois, 东波西波 (Dongbo Xibo).
Bo
 : C’est mon nom en fait. Dong Bo signifie ‘la vague de l’est’, et la vague est aussi une connotation du mouvement.
Quand nous avons formé notre groupe en 2003-2004 à Paris, au début très naturellement nous nous sommes donné le nom de B&B, qui est devenu ensuite B+B. Quand on a voulu faire part de notre groupe en Asie, on s’est dit qu’il fallait un nom que les Chinois puissent retenir facilement. Comme mon prénom était déjà ‘la vague de l’est’, c’est très naturellement que l’on a rajouté ‘la vague de l’ouest’ : 东波西波 (Dongbo Xibo).

Benoît :  C’est un nom qui marche très bien en Chine. Ils adorent ce nom, ça les fait rire.

CNK : Comment avez-vous commencé à travailler ensemble ?
B+B
 : Lorsque nous nous sommes rencontrés en Chine nous ne parlions pas la même langue. Nous avons commencé à travailler ensemble par l’intermédiaire du numérique. Nous faisions des mises en scène photographiques dans des décors de peinture ou de collages numériques. Nous apprenions à nous connaître dans cet espace virtuel.

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

 

 CNK : Comment communiquez-vous à présent ?
Benoît
 : Je parle chinois, mais Dong Bo parle bien mieux français que je ne parle mandarin. Au début nous communiquions dans une sorte d’anglais.

CNK : Vous vous représentez souvent avec des Grosses Têtes sur le visage, pourquoi ?
B+B
 : Ce sont des Grosses Têtes qui viennent des fêtes populaires chinoises, pour les défilés, les fêtes agricoles. Elles accompagnaient toujours les danses de dragon. C’est une espèce de bouffon pour faire rire le public, rendre l’ambiance plus joyeuse et détendre un peu l’atmosphère avant l’arrivée des dragons. Mais les gens les utilisent de moins en moins, parce que les paysans sont devenus un peu citadins, et ça disparaît.
Nous avons découvert les Grosses Têtes à Hong-Kong, en 2011- 2012, sur un petit marché.

Benoît : Ça a rappelé beaucoup de souvenirs à Bo et petit à petit on s’est mis à en acheter beaucoup sur le site internet Taobao. Nous les avons retravaillées : elles ne sont pas dans ces couleurs, elles sont moins modernes.

B+B : C’est devenu notre avatar. Chaque tête représente un personnage que les Chinois connaissent bien (personnages de romans, de légendes). Nous les utilisons pour être anonymes, avoir toujours ce visage souriant. Cela nous permet de jouer des rôles très stéréotypés, dans des postures de théâtre.

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

CNK : Vous en avez beaucoup de différentes ?
B+B
 :  Une quinzaine environ.

CNK : Comment fonctionne votre duo ?
B+B
 : Comme un duo de danseurs.

CNK : Comment qualifieriez-vous votre travail ? Quelle est votre démarche ?
B+B
 : Notre travail est autobiographique. Nous créons des images, des ambiances, des objets qui viennent de nos expériences de vie. Nous aimons partager nos expériences et nos idées avec le public. Nous aimerions pouvoir changer les choses, la vision du monde.

CNK : Par exemple ?
B+B 
: Sur les photos, c’est autobiographique, car ce sont toujours des lieux où nous sommes allés, que l’on connaît bien. Ça retrace un peu une période, un voyage. C’est dans ce sens-là que c’est toujours autobiographique.

Les endroits où l’on a vécu, où l’on a travaillé, ont toujours une trace dans nos peintures. Les lieux, la géographie influencent beaucoup notre création, notre façon de faire des images.

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

CNK : Comme par exemple votre exposition avec des cartes géographiques ?
B+B 
: Oui, c’était une période où l’on était entre l’Europe et la Chine, en 2004-2005. Nous avons essayé de recréer un monde un peu à nous, de nous approprier le monde dans lequel nous sommes, parce qu’on ne sait plus très bien où l’on habite, à force de bouger.

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

CNK : Vous utilisez aussi beaucoup de couleurs, vives et chaleureuses.
Benoît
 : Il y a plusieurs raisons. D’abord, je viens du sud de la France. Et tous les artistes de la première moitié du XXème siècle sont partis dans le sud pour la lumière, et ils ont créé des œuvres très colorées, comme Matisse, Picasso etc.
Et en même temps, nous sommes très influencés par l’art populaire chinois, qui n’est pas l’art des lettrés, toujours très coloré.

Bo : Nous venons d’un monde pop : la société moderne, le monde urbain, avec la publicité où il y a beaucoup de couleurs. C’est un monde opposé à celui des lettrés.

CNK : Quelle est la place de la culture chinoise et celle de la culture française dans votre travail ?
B+B
: Nous sommes très influencés par nos deux cultures. L’imagerie chinoise et européenne se mélangent et se répondent. Nos façons culturelles ou historiques de se représenter le monde s’entremêlent.  Nous voyons les choses différemment, au travers de cette nouvelle culture née de la Chine et de l’Europe. C’est un nouvel espace mental.

CNK : Vous utilisez des matières et supports très différents (photographie, sculpture, peinture digitale…), comment expliquez-vous cette variété ?
B+B
: C’est la variété de notre époque. Nous ne faisons qu’utiliser ce que notre époque nous propose. Le numérique est de plus en plus présent dans notre œuvre. Il nous permet de créer partout et d’exposer facilement et puis grâce au numérique, les images deviennent éternelles, un simple code informatique.

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

 

CNK : Vous avez vécu et travaillé à Shanghai, comment vos œuvres ont-elles été accueillies par le public chinois ?
B+B
 : Le public chinois a toujours bien accueilli notre travail. Il se reconnait dans notre univers. Dans les grandes villes chinoises, les gens sont souvent flottants, à la recherche d’une nouvelle culture. Nous leur ressemblions.

CNK : Et dans les pays occidentaux ?
B+B
 : Ça dépend. Dans le monde occidental, il y a plusieurs publics : français, allemand, insulaire (anglais ou australien). Nous sommes allés en Australie récemment et le public là-bas est aussi spontané, même plus spontané, que le public chinois vis-à-vis des couleurs. Ils ne sont pas tout de suite dans l’analyse, contrairement aux Européens, qui vont essayer de calculer, de saisir quelque chose avant de donner leur première impression. Ces derniers sont moins dans l’émotion.

Les Chinois sont très émotifs. Le public européen est plus cérébral et prudent. Il ne va pas oser dire ce qu’il aime ou ce qu’il n’aime pas : il y a un filtre.

CNK : Par rapport au gouvernement chinois, comment se sont déroulées vos années de travail lorsque vous étiez à Shanghai ?
B+B
: Par rapport au gouvernement chinois, on n’avait pas vraiment de contact avec lui, cependant nous avons été une fois victime de censure. Une de nos cartes a été censurée. Nous avons souffert de l’omniprésence de la censure et du contrôle des échanges par internet. Dès que nous le pouvions, nous sortions du pays pour respirer : Hong-Kong, Séoul ou l’Europe.
Cette politique répressive commençait à influencer notre travail et nous ne voulions pas en être doublement victimes : être obligés d’aborder des oeuvres politiques et être censurés, un cercle vicieux. Nous souhaitions parler d’autre chose, de l’avancé du monde.

CNK : Quel est le projet dont vous êtes le plus fier ? Pourquoi ?
B+B 
: Nous sommes très fiers de notre dernière exposition à Sydney en février 2016, dans la galerie Newsagency. Nous nous sommes retrouvés dans un environnement magnifique avec des gens formidables. Notre exposition avait pour thème l’amour et nous avons pu sentir le bonheur que le public ressentait face à nos œuvres. Les réactions étaient enthousiastes, tout le monde souriait.

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

 

CNK : Parlez-nous de vos projets en cours. Comment s’est passée la nuit des musées ?
B+B 
: Nous avons fait une grande installation « le studio photographique » pour la Nuit des Musées à Saint-Quentin-en-Yvelines qui a eu lieu le 21 mai. C’est le début d’une nouvelle histoire. Le studio permet au public de faire partie intégrante de nos images. On a prêté nos têtes au public, pour qu’il rentre dans notre studio photo avec un décor, qu’il se prenne en photo avec des Grosses Têtes. C’est une manière pour eux de jouer un personnage et d’intégrer notre travail aussi, de se retrouver dans nos photos, de façon très simple et amusante. On peut récupérer ses photos sur une page Facebook créée spécialement pour cet événement. L’exposition durera plus d’un mois.

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

 

Nous participons aussi à une expo au MUDAM de Luxembourg, le 1er juillet 2016. Nous y montrerons nos « gâteaux pour les ancêtres ». Il s’agit de sculpture cette fois.

Et puis, nous préparons une grande exposition à la Centrale for Contemporary Art à Bruxelles pour 2017. Nous ferons participer les habitants à notre projet d’installation numérique.

Enfin, nous avons commencé un nouveau projet : d’amener les Grosses Têtes et de prendre en photo les gens dans leur environnement quotidien : chez eux ou au travail. On a commencé à Bruxelles, à Sidney, et bientôt à Cologne. Cela leur permet de garder leur anonymat, mais c’est toujours autour du portrait.

 

© Benoît+Bo

© Benoît+Bo

 

Merci à Benoît+Bo pour leur temps et leur gentillesse dans la réalisation de cette interview.

 

Retrouvez B+B sur:                                                      Expositions en cours et à venir :

http://benoitbo.blogspot.kr/                                            – Musée de Saint-Quentin-en-Yvelines :   

Facebook : Benoit + Bo                                                    Le Studio photographique jusqu’au 02/07/16.

Instagram : benoit_et_bo                                               – MUDAM de Luxembourg : Tempting art

Wechat : dongboxibo                                                         du 02/07/16 au 19/09/16

 

Biographie en quelques dates :

2002 : Rencontre des deux artistes à Tianjin.
Début de collaboration autour de la photographie.

2004-2005 : Naissance de B+B.
Travail entre Lille et Pékin, autour d’images numériques dans lesquelles ils se mettent en scène.
Série des Love maps.
Création du Bouddha-Noël.

2007 : Etablissement d’un studio à Shanghai. Ils y resteront 8 ans. Expositions, solo et collectives, ainsi que projets se développent, malgré des difficultés avec le gouvernement chinois en 2010.

2010-2013 : Série de dessins numériques sur le corps humain et la géographie.
Fabrication des premières Grosses têtes, mises en scène dans des photos et vidéos.
Voyages et expositions à Hong-Kong, en Corée et en Italie notamment (Centre Européen de la Photographie à Vérone).

2014 : Retour à Lille pour une série d’événements et d’expositions en partenariat avec Action Culture.

2015 : Installation à Bruxelles.

Janvier 2016 : B+B a invité deux jeunes artistes, Gabriele Rendina (compositeur) et Henri Guette (poète performeur) pour exposer ensemble autour de l’exposition qui s’est intitulée Post-Chamanisme dans la résidence Odradek.

Février-mars 2016 :  Exposition dans la galerie Newsagency à Sydney.

Mai 2016 : Participation à la Nuit des musées et exposition à Saint-Quentin-en-Yvelines.

 

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