Art Contemporain/Cinéma

Cinq œuvres de jeunesse de Hou Hsiao-Hsien sortent restaurées

Article rédigé par Alexandra Boucherifi

Au cœur de l’été, à l’heure où beaucoup courent après un avion, un bikini ou encore un Pokémon rare, cinq œuvres cinématographiques de la première heure du chef de file de la Nouvelle Vague de Taïwan, Hou Hsiao-Hsien, dont trois inédites, sortent restaurées… dans le plus grand silence.

Pour rappel, en février dernier, CN KICK avait exposé à la Cinémathèque française et à la Librairie Galerie Fei, des œuvres en hommage  au maître Taïwanais de deux street artistes, ABK et Fan Sack, avec qui ils avaient eu l’honneur de s’entretenir lors de l’avant première de The Assassin à Paris.

L’occasion de revenir sur cet épisode exceptionnel que l’association franco-chinoise a vécu, et d’inviter les lecteurs de CN KICK à (re)découvrir l’univers à part et tellement délicat de Hou Hsiao-Hsien à travers la sortie exceptionnelle de ses premiers opus.

1- AFF RÉTROSPECTIVE HOU HSIAO-HSIEN HD

AFF Rétrospective de Hou Hsiao-Hsien HD

Balbutiements des restaurations de films de Maître Hou

Tout comme Rome ne s’est pas construite en un jour, le parcours de la restauration des premières œuvres de Hou Hsiao-Hsien a pris du temps. L’histoire remonte à 2015, lorsque le conservateur Nicola Mazzanti de Cinematek (la Cinémathèque royale belge), en charge d’une rétrospective sur le cinéma taïwanais, s’aperçoit que certains films de Hou Hsiao-Hsien ne pouvaient plus être projetés en raison de leur état. Une belle initiative naît alors de la verve du conservateur, également grand spécialiste de l’étalonnage : restaurer ces œuvres afin de les diffuser à nouveau. Grâce à Bruxelles, trois films sont alors revenus à la vie : Cute Girl (1980), The Green, Green Grass of Home (1982) et Les garçons de Fengkuei (1983). Les deux premiers opus sont des commandes de comédies légères et chantées, une ébauche de parcours un peu trop commerciale, ne portant pas encore l’empreinte du réalisateur, même si se dessinent quelques unes de ses obsessions futures comme celle de la lenteur. Avec le troisième film, qu’il produit lui-même cette fois, Hou Hsiao-Hsien s’offre la liberté de créer une histoire qu’il signe de cette patte unique ce qui deviendra petit à petit son style. Une œuvre charnière à plus d’un titre puisqu’elle est réalisée avec celle qui l’accompagne depuis lors dans l’écriture de tous ses scenari, Chu Tien-Wen, célèbre écrivain taïwanaise. C’est avec tendresse qu’il faudra regarder ce film, le premier de son quadrillage autobiographique, où Maître Hou porte toute son attention sur l’adolescence. Il y relate le quotidien de trois gamins dans un village de pêcheurs, en prise à l’ennui, qui multiplient les bêtises jusqu’à celle de trop. Ils quitteront leur petite vie locale pour la ville portuaire de Kaohsiung, qui mettra leur amitié à rude épreuve. Une peinture touchante d’une jeunesse en dérive qui signe à la fois les prémices du genre Hou Hsiao-Hsien et le début de son internationalisation, avec une récompense au Festival des trois continents de Nantes en 1983.

Maître Hou dira de ses premiers opus, « mes trois premiers films exprimaient les sentiments d’une manière complètement nouvelle (…) Nous avons décidé de filmer les acteurs ensemble, selon une méthode proche à la fois du théâtre et de la vie. Le cinéma s’est ainsi brusquement trouvé modernisé. »

Cinq restaurations sortent ces jours-ci

Dans cette logique de récupération d’œuvres abîmées, le distributeur Carlotta annonce ainsi la sortie des films restaurés sus cités ainsi que de deux autres films : Un temps pour vivre, un temps pour mourir (1985) et de Poussières dans le vent (1986). Avec ces opus et Les garçons de Fengkuei, Hou Hsiao-Hsien invente un style tout personnel, résolument moderne qui fera de lui le chef de file du cinéma contemporain made in Taïwan. D’un temps pour vivre, un temps pour mourir, il dira que ce film « s’inspire entièrement de (ses) souvenirs, il montre comment les choses nous apparaissent à travers la mémoire, la façon dont certaines atmosphères, certains détails du passé prennent avec le temps une grande importance, se mettent pour ainsi dire à enfler. » Le film campe avec une délicatesse empreinte de réalisme, l’histoire d’une famille quittant le continent chinois pour se réfugier à Taïwan à l’heure de la propagande anti-communiste de Tchang Kaï-chek, à travers la vie d’un jeune garçon, surnommé Ah-ha par sa grand-mère. De son enfance à l’âge adulte, on passe d’épisodes heureux comme ceux des jeux de l’enfance ou des premiers émois amoureux, à des réalités douloureuses comme celle de la mort et de la nostalgie. De l’enfance innocente à l’adolescence contrariée, une chronique contée avec réalisme et des cadrages éloignés donnant l ‘avantage à l’environnement sur la narration. Avec Poussières dans le vent, maître Hou confie « avoir atteint la maturité (…) J’ai enfin compris que lorsqu’on filme, que ce soit une personne ou une chose, il émane de ce qu’on filme un sentiment. Mon travail de cinéaste est simplement de saisir le sentiment qui émane de ce que je filme. » Cet opus clôture avec maestria le cycle adolescent et autobiographique de l’œuvre de Hou Hsiao-Hsien. Un film crépusculaire où l’intensité des liens amoureux entre les deux personnages principaux oscille sans cesse entre douleur et espoir, dans une sorte de funambulisme où l’équilibre précaire peut se rompre à tout moment. Un film touchant sur la force et la fragilité des sentiments et du temps qui s’écoule…

Cet été donc, les férus de cinéma pourront nourrir leur passion avec ces cinq opus magistraux à découvrir en version restaurée numérique de maître Hou.

2- LES GARÇONS DE FENGKUEI 01

Les Garçons de Fengkuei – © 1983 3H PRODUCTIONS. Tous droits réservés.

Une consécration européenne

Plus que jamais, ces deux dernières années voient la consécration européenne de Hou Hsiao-Hsien, grand réalisateur s’il en est. Rappelons qu’il avait déjà été récompensé par le passé d’un Lion d’Or à Venise en 1989 pour la Cité des couleurs et un Léopard d’honneur en 2007 pour le Ballon rouge au festival de Locarno avant de recevoir le prix de la Mise en scène en 2015 au Festival du film international de Cannes pour The Assassin, un chef d’œuvre qu’il aura mis sept ans a réaliser. Alors que ces jours-ci sortent cinq de ses premières œuvres tout juste restaurées, en février dernier, la Cinémathèque française à Paris accueillait une rétrospective du cinéaste à l’occasion de la sortie de The Assassin, film iconoclaste et politique, méditatif et brillant, à l’esthétique picturale, redéfinissant avec finesse les codes du « wu xia pian », à savoir du film de sabre (en chinois).

3- exposition hommage à la CF

Exposition hommage à la Cinémathèque Française

 

4- rencontre ABK SACK HHH

Rencontre ABK, Fan SACK Hou Hsiao-Hsien

 

5- rencontre ABK SACK HHH

Rencontre ABK, Fan SACK Hou Hsiao-Hsien

L’exposition hommage

A l’occasion ce cette sortie attendue du public l’hiver dernier, CN KICK avait co-créé une exposition collaborative en hommage au maître du cinéma taïwanais avec deux artistes peintres, l’une parisienne, ABK, également à l’initiative du projet, et l’autre chinois, Fan Sack, en accord avec la Cinémathèque française. Les artistes avaient alors évoqué l’exposition-hommage avec Hou Hsiao-Hsien lors de la présentation en avant-première de The Assassin, quelques temps avant la date du vernissage à la Cinémathèque française. L’exposition a ensuite été superbement accueillie par la Librairie Galerie Fei, au cœur du quartier latin à Paris. Inspirés par ce  film à contre-temps des épopées frénétiques, rythmé par le silence et le vent vibrant dans de somptueuses tentures dans un décor aussi fastueux qu’historique, ABK et Sack ont composé des œuvres en hommage à l’œuvre de Hou Hsiao-Hsien, avec leur patte contemporaine, dont certaines à quatre mains. C’est donc avec une émotion toute particulière que l’équipe de CN KICK accueille l’annonce de la restauration de certaines œuvres de jeunesse de Hou Hsiao-Hsien.

6- affiche de l'exposition

Affiche de l’exposition

Actuellement au cinéma en version restaurée inédite :

Cute Girl (1980)

The Green, Green Grass of Home (1982)

Les garçons de Fengkuei (1983)

Un temps pour vivre, un temps pour mourir (1985)

Poussières dans le vent (1986)

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